Sans fédération, l’euro n’a pas de futur. Sans l’euro, fin de l’Europe, qui est une expérience, et qui, comme toute expérience, peut réussir mais peut aussi échouer.
Les petits leaders européens devraient commencer à dire la vérité aux citoyens sans attendre le printemps 2012, qui pourrait devenir l’automne de l’Europe, avec l’aggravation de l’état de santé du malade grec. La crise a besoin en premier lieu de réponses immédiates. La réponse immédiate au problème de la dette sont les Eurobonds, proposés par Prodi et Quadro Curzio, et qui répondent à deux exigences : réduction de la dette et croissance.
C’est la réponse pour sortir de la dictature de l’urgence. Mais l’urgence nécessite aussi une vision. Nous devons immédiatement créer une union fiscale dans la zone euro. Ce qui signifie un gouvernement économique européen, avec un ministre de l’économie qui reprenne les fonctions du président de l’eurogroupe et du commissaire à l’économie, qui agisse selon la méthode communautaire, qui prenne des décisions à la majorité et sans besoin de ratifications nationales, sous contrôle parlementaire.
Le Fond n’a pas encore les ressources ni l’indépendance nécessaires. Une union fiscale est nécessaire pour renforcer la convergence des économies de la zone euro, prendre rapidement et démocratiquement les décisions fondamentales en matière de politique économique, représenter de manière unie l’euro dans le monde, mais aussi s’occuper efficacement des déséquilibres du secteur privé (à l’origine des crises espagnoles et irlandaises), favoriser la compétitivité et l’emploi grâce à des procédures bien plus contraignantes que celles d’Europe 2020.
Alors, de nouveau, urgence et vision. Dans la seconde, entre aussi la modification du Traité de Lisbonne, vieux dès la naissance en matière d’économie et désormais totalement obsolète. Pour le gouvernement économique, il faut avant toute chose réécrire l’article 5 du Traité, selon lequel les États membres coordonnent entre eux les politiques économiques de l’UE, en attribuant au contraire au gouvernement économique de l’UE ce tel pouvoir de coordination. Ce qui ne signifierait pas, entre autres, attribuer toutes les décisions sur la fiscalité à Bruxelles : il suffit de regarder l’exemple des États-Unis pour voir comment l’union fiscale peut cohabiter avec l’autonomie en matière d’impôts des États. Mais pour ce faire, la technocratie ne suffit pas.
Il faut la démocratie et la politique. Il faut, comme le propose Andrew Duff, député européen, convoquer dès que possible une nouvelle Convention au cours de laquelle les parlementaires européens, les parlementaires nationaux, les représentants des gouvernements et des institutions européennes devront, avec urgence et vision, mener à terme l’expérience européenne et construire la fédération européenne, avec tous les peuples et les états qui voudront en faire partie.
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